Le vieil adage dit « le seul événement certain sur terre, c'est la mort »...
Il est intéressant de se pencher sur le rapport que les humains entretiennent avec la mort pour se rendre compte que ce n'est pas un sujet aussi facile qu'on peut le croire. Toutefois, que l'on se réfère aux mythologies ou aux religions, un constat en découle: tout le monde veut expliquer un phénomène, une réalité complexe, dans le but d'offrir un certain confort psychologique et voir psychique à l'Homme. Chaque courant de pensée peut lui donner une définition, peut y mettre un contenu, un sens, l'évidence est et demeure que tout ce qui va au delà du constat n'est qu' imagination.
Le biologiste et prix Nobel Jacques Monod énonce que la définition de la mort dépend de la définition du vivant dans son livre Le Hasard et la nécessité. Cette approche peut être mise en relation avec l'approche de la mort par les religions. En effet, la mort est la plupart du temps considérée comme un passage à une autre vie, meilleure ou pire en fonction de ce qu'on aura accomplie de son vivant sur terre, en fonction des actions qu'on aura posées. La mort est ainsi vu sous l'angle de son contenu, des possibilités qu'elle offre.
Seulement, la mort n'est pas un sujet auquel nous pensons volontiers. La plupart du temps, nous avons tendance à faire comme si cette réalité n'existait pas ou ne nous concernait pas. Dans la mesure du possible, la plupart d'entre nous évitons de penser à cette réalité. Même lorsque des événements de notre vie se chargent de nous la rappeler (la mort d'un être cher, un accident sérieux, une maladie grave ou une tragédie dans notre environnement) nous arrivons quelques fois à croire que c'était la faute à celui qui est mort. C'est souvent cette attitude qui nous a poussé à toujours chercher une cause à la mort (maladie, accident, drogue...) comme si, sans cette cause, la personne ne mourrait jamais. Oui, que doit-on faire pour ne pas mourir? La notion de vie après la vie, de la mort comme condition pour y parvenir, nous donne encore un « alibi » pour refuser cette réalité, ou alors pour mieux l'accepter. Dans certaines ethnies, la mort n'est jamais naturelle: c'est toujours un « méchant » qui en est à l'origine... cela au point d'être considéré comme facteur de retard de certaines sociétés, ou encore comme frein à l'initiative: les jaloux risquent de frapper!
Malheureusement (ou heureusement), pour tout être vivant, la mort est une réalité inéluctable: sa vie s'achèvera tôt ou tard par une mort définitive, quelque soit le pourquoi ou le comment. Cette réalité, cette seule certitude, que l'Homme l'accepte et l'assume ou alors refuse d'y faire face, que cela lui semble absurde ou même désespérant, il devra y être confronté!
Mais lorsque des accidents de parcours nous forcent à considérer notre mort comme une réalité importante, quand des situations de la vie viennent nous rappeler que nous pouvons mourir à tout moment, que notre vie pourrait être radicalement écourtée ou soudainement changée de façon drastique, pourquoi ne se produit-il pas une remise en question de notre façon de vivre? Pourquoi ne se produit-il pas une remise en question de notre rapport à l'autre?
J'aurais compris que l'on provoqua la mort autour de nous pour rallonger notre vie; mais puisque provoquer la mort n'a jamais donner l'éternité (au sens de vivre sans jamais mourir sur cette terre, sans jamais mourir scientifiquement), et que même les mythologies et religions ne prédisent pas une vie meilleure pour ceux qui posent des actes négatifs, pourquoi ne pas véritablement se remettre en question? Deviendrons nous un jour sensible à la souffrance, à la douleur, au chaos que nous créons par notre aveuglement? Par notre égoïsme? Par notre illusion de dominer la vie? Par notre illusion d'être des « Dieux »? Par notre illusion de supériorité? Par notre illusion de détenir la vérité?
J'aimerais un jour savoir quelle est la différence entre un riche mort et un pauvre mort? Quelle que soit son appartenance ethnique, sa race, ses croyances... Faites un tour dans une morgue, ou aux soins intensifs dans un hôpital...
J'aimerais qu'un jour, en dehors des prophètes et autres divinités, quelqu'un nous rapporte les mémoires d'un des siens mort et revenu lui conter ce qu'il a vu là-bas! Alors, ce jour là, je vous donnerai raison!
On pourrait trouver d'autres questions de ce genre, mais me direz vous, on peut toujours trouver des éléments pour expliquer notre bêtise. Certains évoqueront même le métal utilisé pour fabriquer le cercueil pour marquer la différence dans la mort, d'autres évoqueront les festivités qui ont marquées les funérailles... Ce qui ne serait que le reflet de nos nouvelles orientations: avoir le plus possible (matériels, argent, illusions...), même si on ne s'en sert pas alors que d'autres en ont besoin. Paradoxalement, si la conscience de la mort était une invitation à l'amour? À plus d'humanité? Si c'était une invitation à vivre ensemble et à ne plus s'accrocher à ces choses futiles (matérielles ou immatérielles)? Si la conscience de la mort était une invitation à un monde dans lequel on sait voir en l'autre un Homme?
C'est peut être un trop grand rêve vous me direz, mais ni nier la fin de notre influence, ni nier la perte de contrôle, ni nier la mort ne nous empêche d'être humain, ne nous empêche de voir en l'autre un Homme, ne nous empêche de relativiser sur notre existence, ne nous empêche d'offrir à l'autre un peu de bonheur, un peu de vie. La mort ne changera jamais, pas plus que la vie... seule devrait changer notre perception de l'Autre, de l'Homme.
SAGE